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après la bataille: l'homme fidèle

29/1/2019

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Par Sophie Louge
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un vrai faux marivaudage


Contrairement à ce que pourrait laisser présager son titre, L’Homme fidèle, comme son héros éponyme, ne sont rien moins que constants. Car la constance est synonyme d’ennui. Et si Garrel a une ambition, c’est bien celle d’affranchir le cinéma d’auteur, plus particulièrement celui qu’on qualifie de “post-Nouvelle Vague”, de la soporifique réputation qui lui colle à la peau.

Enfant de la balle, il connaît son Marivaux sur le bout des doigts et en fait bon usage. Dès la première scène, Marianne apparaît bien capricieuse: Abel est éperdument amoureux, mais elle lui préfère Paul, qu’elle n’aime pourtant pas réellement davantage. Le décès de Paul lui ramènera Abel, qu’elle va s’attacher avec un machiavélisme averti en le “prêtant” à la jeune sœur de Paul, Eve, aussi folle de lui qu’irrésistible.
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Ce triangle amoureux à dimensions variables pourrait être terriblement convenu. Mais il ne reste pas triangle, il se métamorphose sans cesse, tantôt rectangle, tantôt polygone, comme si Garrel nous proposait d’observer ses personnages à travers un kaléidoscope. Il ne s’agit en effet pas de deux femmes qui se disputent un même homme, ni d’une femme qui quitte un homme pour un autre, mais de l’histoire d’un grand enfant balloté entre le désir, l’amour, l’amitié et la paternité, la raison et la passion, la réalité et le phantasme. Abel est l’anti-héros parfait, dont on ne comprend pas grand chose et qui ne se comprend pas lui même, s’en remettant tout entier aux femmes, au destin et aux caprices de la vie. Bref, c’est un joyeux bordel, qui rompt radicalement avec le drame sentimental et la comédie romantique tout en y faisant constamment référence.
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Rien ici n’est certain car c’est à travers l’imagination du fils de Paul, les névroses d’Abel et les phantasmes de Marianne que l’intrigue prend forme. On retrouve évidemment cette petite voix-off propre à la Nouvelle Vague, mais il y en a ici quatre, et qui se contredisent. Le doute s’installe alors peu à peu, comme si le thriller chassait la comédie ou plutôt la rendait inquiétante en la poussant jusqu’à l’absurde et au burlesque. Joseph est-il véritablement le fils de Paul? Marianne a-t-elle tué son mari pour retrouver Abel? A moins que ce ne soit pour batifoler avec son médecin? Mais pourquoi dans ce cas ce dernier revendique-t-il son homosexualité?
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On ne le saura pas et c’est tant mieux, de même que l’on serait bien en mal de dire à quel genre appartient ce film ou ce qu’il raconte réellement, tant chaque scène prend le contrepied de la précédente.
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du making-of comme artefact cinématographique


La Nouvelle Vague et ses successeurs ont la réputation de montrer le monde comme il va, insipide et sans panache. Mais le tour psychanalytique que prend le film (sans doute emprunté à Desplechin dont Garrel revendique l’influence) change la donne. Même s’ils ne sont guère plus brillants que nous, ces personnage ont un don: ils savent rêver leur vie, même si c’est un cauchemar, et en faire une fiction. Ils ne sont pas les héritiers de la Princesse de Clèves, ils ne cherchent ni la mesure ni la maîtrise, et l’idée de diriger leur vie leur semble aussi inutile qu’ennuyeuse.
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Abel emprunte évidemment à Doisnel cette immaturité impuissante, cette inconséquence teintée de lâcheté face aux “salades de l’amour”, qui nous le rendait si proche. Mais Garrel prend le parti d’imaginer un Doisnel heureux. Il ne souffre pas parce qu’il joue. Il s’amuse à laisser filer sa vie en essayant d’en imaginer le dénouement, comme le fait Joseph, le fils de Marianne, lorsqu’il vont tous trois au cinéma.
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une pédagogie bienveillante


A sa manière, Louis Garrel nous propose une petite leçon de vie et de cinéma qui a le bon goût de ne jamais s’abîmer dans un intellectualisme pédant. Rêvasser, faire ou regarder des films c’est toujours un peu s’allonger sur le divan: pour que la magie opère il faut laisser les choses se faire.
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Alors on se laisse faire par cette charmante comédie de chambre. Et ce d’autant plus volontiers qu’elle n’est jamais nombriliste. Car Garrel passe constamment du personnel à l’universel, comme le suggèrent les noms de ses personnages, bibliques ou patriotiques, mais toujours liés à un mythe fondateur. Le cinéma devient alors parabole: le désir d’Eve pour Abel, qui n’est en fait qu’un désir de désirer, est bien celui de toute jeune fille. Les inquiétudes de Marianne face à l’érosion du couple sont celles de toute femme amoureuse et l’angoisse perverse de l’abandon qui habite Joseph celle de tout enfant.
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Partant de là, qu’est-ce qui nous empêche de vivre leurs tourments avec la même légèreté? Le talent peut-être, car Louis Garrel prouve ici qu’il en a bien davantage que sa charmante tête à claques aurait pu le laisser penser.
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L'HOMME FIDELE
réalisé par Louis Garrel
écrit par Louis Garrel et Jean-Claude Carrière
avec Louis Garrel, Laetitia Casta, Lily-Rose Depp, Joseph Engel, Bakary Sangaré, Vladislav Galard, Diane Courseille, Dali Bensallah
France / 2018 / 1H14
SORTIE NATIONALE:  26 décembre 2018
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